Bureau Étudiant de la faculté  de Médecine :: ULB

La saga Liégeoise

Il faut savoir que le cursus en médecine vétérinaire francophone belge est particulier : les bacheliers sont organisés par l’ULg (Liège, Facultés de Médecine Vétérinaire (FMV)), par l’ULB (Bruxelles, Faculté de médecine), par l’UCL (Louvain-La-Neuve, faculté des sciences) et l’UNamur (Namur, faculté des sciences). Mais seule l’ULg organise le master : seule la FMV possède les infrastructures nécessaires pour le master en médecine vétérinaire (clinique, personnel, …).
Il y a donc un goulet d’étranglement entre les bacheliers et le master. Et c’est au niveau de ce master que le bât blesse, et qui conditionne le besoin d’une sélection ou pas.

La première sélection a été établie pour une durée déterminée entre les années 2003-2004 et 2005-2006, à cause d’une augmentation des inscriptions observée les années précédentes. Etant déjà à la limite du surplus et craignant de ne plus pouvoir accueillir correctement les prochaines promotions, un concours d’admission en première année a donc été instauré pendant 3 ans. Les admissions en premières année ont dès logiquement fort diminuer, revenant à un niveau acceptable pour la faculté de médecine vétérinaire de Liège. Dès lors, la sélection n’a pas été renouvelée, et l’accès aux études de médecine vétérinaire reste libre jusqu’à aujourd’hui pour les étudiants résidents en Belgique (= qui sont établis en Belgique depuis 3 ans au moins).
Pour les non-résidents, un tirage au sort est organisé si le nombre d’inscrits non-résidents dépasse le tiers des résidents, afin de ne pas dépasser ce quota.

Mais, en 2015, profitant de l’instauration d’un concours en fin d’année en médecine et dentisterie, la faculté de médecine vétérinaire (académiques comme étudiants) réclame à coup de communiqués de presse et de manifestations une nouvelle sélection. En effet, le nombre d’étudiants en médecine vétérinaire n’a fait qu’augmenter depuis 2006, dépassant largement la situation de 2002, juste avant la première sélection.

Ainsi, les positions actuelles sont :
 - La faculté de médecine vétérinaire, ou FMV (le Recteur de l’ULg, le Doyen de la FMV, les académiques, les étudiants) réclament une sélection au niveau du bachelier, en mettant en évidence l’urgence de la situation.
 - Les autres facultés sont indécises et ont du mal à trouver un accord : s’il est évident qu’il y a un problème, ils travaillent encore à envisager d’autres solutions, et craignent surtout une épidémie de sélection au sein des études universitaires, à l’instar du système français.
 - Les étudiants des autres universités (FEF, AGL (Louvain), AGE (Namur), et BEA (ULB), dont les conseils étudiants se sont prononcés contre la sélection. Néanmoins, le débat est lancé au sein des étudiants et il est difficile de trouver une position consensuelle.

Quant au ministre de l’enseignement supérieur, il attend encore une position précise des recteurs des différentes universités, et a annoncé une proposition pour la rentrée en septembre 2015. Il n’y aura donc pas de sélection pour l’année 2015-2016, mais il est possible qu’elle ne tarde pas à se concrétiser pour les années futures.

Pourquoi une urgence ?

Ici, nous allons énoncer les arguments de la faculté de médecine vétérinaire de l’ULg.

Premièrement, le nombre d’étudiants : faite pour accueillir 250 étudiants, elle en accueille près de 400 en master. Ce surplus se fait ressentir donc à tous les niveaux de l’enseignement : qualité d’encadrement, accès au matériel, accès aux cas cliniques, débouchées professionnelles, stages, …
Il y a donc clairement un problème pédagogique urgent : il faut agir pour garder une formation de qualité.

Mais il ne s’agit pas uniquement de pédagogie : en 2019, une association appelée l’AEEEV (http://www.eaeve.org/about-eaeve/mission-and-objectives.html) pratiquera une inspection del aqualité de l’enseignement de la médecine vétérinaire à l’ULg. En effet, l’AEEEV est un organisme indépendant (comme une ONG) qui délivre des attestations non officielles aux établissements proposant une formation en médecine vétérinaire. Cette attestation est une sorte de label garantissant la qualité de l’enseignement et de la formation des vétérinaires diplômés par cet établissement. Perdre cette accréditation de l’AEEEV n’empêcherait pas de pratiquer, mais limiterait l’accès à certaines spécialisations, l’accès au travail à l’étranger, et nuirait à la réputation de la FMV.
Lors du dernier contrôle, la FMV avait déjà reçu un avertissement qui dénonçait un rapport étudiants/encadrement trop élevé (trop d’étudiants par rapports aux moyens de formation). Il est dnc nécessaire de faire baisser ce rapport pour le prochain contrôle.

Pourquoi cette pléthore ?

Il y a deux raisons principales : les résidents et les non résidents.

Avant toute chose, parlons du système français. Car s’il y a une chose qui est « touchy » en médecine vétérinaire, c’est le nombre d’étudiants dits « non-résidents » (n’habitant pas en Belgique depuis 3 ans ou plus), qui sont essentiellement français. Qu’on s’entende bien, ici nous ne critiqueront pas les étudiants non-résidents (qui ont même du mérite à quitter leur pays pendant plusieurs années et à s’accrocher comme ils le font), mais bien le système de leur pays natal.
Donc, si M. le Président de la république nous lit, que cela lui donne matière à méditation.

En effet, pour accéder aux études de médecine vétérinaire en France, il faut passer un concours extrêmement restrictif, après 1 à 2 années préparatoires très dures et compétitives à souhait. Beaucoup s’inscrivent, très peu sont pris. Ceux qui ne sont pas pris tentent leur chance en Belgique.
Pour accéder au système belge, le nombre de non-résidents ne peut pas excéder le tiers de la promo au total (Ex : sur 30 étudiants en première année, seuls 10 pourront être des non-résidents au maximum). Comme il y a chaque année plus de non-résidents inscrits que de place, il y a un tirage au sort pour sélectionner ceux qui peuvent avoir accès à la première année.

Le problème est double : le nombre d’étudiants résidents a augmenté ces dernières années. Donc celui des non-résidents acceptés a aussi augmenté (proportionnelle). D’où la situation de pléthore actuelle.
Le problème (on arrive à la partie « touchy »), c’est que les non-résidents (à savoir les français en grande majorité) réussissent beaucoup mieux que les belges, « grâce » à leurs années préparatoire, à la pression de la réussite, à l’esprit de compétition et d’élite, …
On se retrouve donc avec des promotions surnuméraires en master, composées de plus de 50% de français. C’est là que 2 camps s’affrontent : ceux qui veulent réduire drastiquement l’accès aux non-résidents, et ceux qui ne veulent pas.

Les premiers défendent le fait que ces étudiants non-résidents sont financés par la Belgique et non leur pays natal. Or, une majorité retourne dans leur pays après leurs études (pour information, la source la plus importante de médecins vétérinaires en France est … la faculté de Liège !). Ceux qui restent en Belgique (résidents et non-résidents, c’est-à-dire environ 60 diplômés) sont suffisants pour le marché du travail belge. Il y a donc un surplus d’étudiants en master, dû principalement à la réussite d’étudiants non-résidents, financé par la Belgique, et ne participant pas à la force de travail belge une fois diplômés (en moyenne, il y a des exceptions). Pour eux donc, il faut commencer par réduire les quotas d’étudiants étrangers, ce qui a été promis par le ministre belge de l’enseignement supérieur francophone : on passera de 30 à 20% de non-résidents.

Les seconds sont contre le rejet des étudiants non-résidents : cela irait à l’encontre de la politique européenne, à l’encontre du principe de libre circulation et de partage du savoir, serait un signe d’enfermement politique, géographique et scientifique. Aussi, comment pouvons-nous demander aux autres pays d’accueillir nos étudiants si nous refusons les leurs ? Enfin, pouvons-nous vraiment « punir » ces étudiants français parce qu’ils réussissent « trop bien », alors qu’ils subissent déjà la dureté du système de concours en France ? Fermer nos portes aux non-résidents ne serait de toute façon pas suffisant, peu éthique et totalement à contre-sens de la politique européenne et mondiale.

Les solutions, les débats

C’est alors que les romains s’empoignèrent : les points de vue, les propositions, les débats (parfois houleux) sont nombreux, et l’ « urgence » clamée par la FMV n’arrange rien. Nous allons essayer de présenter un aperçu des différentes solutions, mais ce n’est qu’une ouverture de pistes de réflexions, et non un argumentaire complet. Nous devons aussi déclarer notre conflit d’intérêt évident (le BEM s’étant jusqu’à présent prononcé contre la sélection), et le fait que nous ne connaissons concrètement que le cursus en bachelier.

La FMV demande donc une sélection, mais avec quels arguments ? Ils disent avoir envisagé toutes les solutions possibles. Un refinancement, s’il permettrait d’avoir plus d’infrastructures et plus d’encadrants (il faut noter qu’une nouvelle clinique sera construite dès 2018 en ce sens), ne règlerait pas les places de stage, et surtout ne règlerait pas le manque de cas cliniques : l’argent ne permet pas d’amener plus de patients.
Selon eux, la sélection est la solution la plus simple, la plus efficace et la plus pragmatique à court et long terme. Il n’y pas de projet précis de sélection déposé sur la table, mais leur condition est qu’elle devra limiter à 250 le nombre d’étudiants arrivant en master. Leur autre demande est de réduire le nombre d’étudiants non-résidents, ce qui sera fait avec le passage du quota de 30 à 20% pour les inscriptions en première année.
L’avantage de cette demande est qu’elle peut être pratiquée rapidement (dès l’année 2016-2017), qu’elle est simple et efficace. Les désavantages sont bien sûr la fermeture à certains étudiants, la sélection plus importante de certaines catégories (on connaît tous le système scolaire belge qui est parmi les plus inégalitaires), le fait que certaines spécialités arrivent à manquer de médecins vétérinaires, et que cela irait contre le principe d’accès libre au savoir et à la connaissance, principe cher aux étudiants et écrit noir sur blanc dans la constitution des droits de l’homme. Une solution pragmatique donc, mais pas agréable du tout. L’autre risque est que la médecine vétérinaire n’est pas la seule à connaître une augmentation du nombre d’étudiants, on risque donc de voir se répendre les demandes de sélections dans les autres sections et facultés.

En face, ceux qui sont contre la sélection proposent d’autres solutions.
La première est un refinancement de l’enseignement supérieur, promis par le ministre depuis quelques années, afin de suivre l’augmentation du nombre d’étudiants. L’avantage est que cela résoudrait certains problèmes (infrastructures, encadrement), et que cela profiterait à l’ensemble de l’enseignement supérieur. Les contres sont que cela ne règlerait pas tous les problèmes (notamment l’accès aux cas cliniques), et que cette promesse … n’en est qu’à l’état de promesse, donc pas pour tout de suite.
La deuxième piste est l’ouverture d’un deuxième master ailleurs (il y a déjà eu des discussions à ce sujet entre l’ULB et l’UCL). Cela permettrait d’alléger la FMV de Liège en matière d’étudiants, et pourrait augmenter l’accès aux cas cliniques en allant chercher dans un autre bassin géographique, en dehors de Liège. Malheureusement, ce projet n’en est qu’au stade de discussions informelles et, en admettant qu’on la valide, il faudrait le temps d’obtenir un financement, de construire et mettre en place les infrastructures nécessaires. Ce n’est pas pour tout de suite non plus.

Une autre solution, serait d’agir au niveau européen. En effet, nous avons déjà soulevé le problème du déséquilibre entre la formation en France et la formation en Belgique : trop peu sont acceptés en France, qui du coup se retournent vers la Belgique pour être formés avant de retourner dans leur pays natal (rappel : la source N°1 des vétérinaires actifs en France est la faculté de Liège). Une ouverture des quotas français pourrait alléger l’afflux venant en Belgique, diminuer la charge financière de ces « réfugiés académiques », et rentrerait dans la logique de libre marché du travail européen.
En effet, tout travailleur diplômé peut exercer dans n’importe quel pays de l’Union Européenne facilement. Si les programmes Erasmus sont une réussite, la politique d’enseignement est loin d’être aussi harmonieuse au sein de l’Europe, et la multiplication de politiques de sélections nationales (dues la plupart du temps à cause de la libre circulation, d’une manière ou d’une autre) est un signe qu’il faut absolument faire quelque chose. Une harmonisation entre la politique du travail et la politique d’enseignement, avec une vue non plus nationale mais européenne serait une solution. Malheureusement, si notre gouvernement est lent, celui de l’Europe l’est encore plus, et nous savons tous à quel point l’économique passe avant toutes les autres options dans ces hautes sphères.
Notons quand même que la diminution de vétérinaires formés en Belgique pourrait avoir un impact sur le nombre de médecins vétérinaires en France. Assisterons-nous à un retour de flamme en France ?

Il existe sans doute d’autres solutions, mais force nous est de constater que très peu peuvent s’appliquer à court terme, or c’est sur le court terme que Liège réclame un changement (« Il y a urgence »). Pourquoi avoir crié si tard ? Disons qu’il est plus facile d’obtenir certaines demandes en période critique … et si ce n’est pas en période pré-électorale, c’est dans l’urgence que les décisions se prennent le plus facilement.

Pour clore ce dossier, nous vous invitons à vous faire votre avis en vous renseignant le plus possible. Si vous avez des idées, des remarques, des envies, des questions, des élucubrations ou si vous voulez juste boire un verre et papoter médecine vétérinaire, n’hésitez pas : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. .

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